Caroline ZAMORA
Cette étude porte sur l’écoute musicale individuelle comme ressource sociale pour les personnes résidant en EHPAD. L’entrée en EHPAD est souvent associée à une diminution des interactions sociales (De Medeiros et al., 2020 ; Gardiner et al., 2020) qui constituent une composante du bien-être (Ryff & Keyes, 1995 ; Seligman, 2011). Si la fonction sociale de l’écoute musicale chez les personnes âgées est documentée par des données déclaratives (Krause & Fletcher, 2023), elle est rarement testée expérimentalement. L’objectif est donc i) de tester les effets d’une écoute musicale contrôlée sur quatre des sept fonctions sociales identifiées par Schäfer et Eerola (2020) : recherche de compagnie, réminiscence, partage d’expériences et compréhension des autres et ii) d’explorer la relation entre ces fonctions sociales et le groove. Ce dernier étant défini comme la propension d’une musique à provoquer une envie de bouger plaisante (Senn et al., 2020).
Les résultats présentés sont issus d’une étude longitudinale en cours. Six personnes résidant en EHPAD ont réalisé quatre séances hebdomadaires d’écoute musicale individuelle. Des mesures pré, post et mi expérience de leur niveau de bien-être émotionnel (SPANE ; Martin-Krumm et al., 2015), social (SFQCOA ; Liu et al., 2023) et global (MHC-SF ; Keyes, 2009) ont été réalisées. Chaque séance d’écoute correspondait à une condition musicale issue de la combinaison du mode (mineur/majeur) et du tempo (rapide/lent). Après 10 minutes d’écoute, les participants répondaient à un questionnaire de Groove (EGQ ; Senn et al., 2020) et de fonctions sociales, inspiré de Schäfer et Eerola (2020).
Les analyses de Friedman révèlent des effets différents sur les fonctions sociales de l’écoute, selon les conditions musicales. Globalement, les scores de la dimension « compréhension des autres » sont significativement plus faibles que les trois autres, suggérant que l’écoute musicale individuelle répondrait davantage à des fonctions de compagnie, réminiscence et partage d’expériences. Le groove corrèle positivement et significativement aux scores de ces trois fonctions. Il pourrait ainsi constituer un mécanisme sur lequel agir, afin de favoriser le bien-être des résidents en EHPAD. En dépit du faible nombre de participants, les tailles d’effets de cette étude sont modérées à élevées. L’inclusion de nouveaux participants à l’échantillon et l’analyse des mesures de bien-être permettra de confirmer ces premiers résultats.

